En attendant le leadership fédéral en matière de changements climatiques

par Robert Asselin. Publié avril 13, 2015



En annonçant aujourd’hui qu’il se joint au marché du carbone mis en place par le Québec, le gouvernement de l’Ontario a posé un geste qui aura une portée significative dans la lutte aux changements climatiques.

De cette annonce, il se dégage dorénavant deux tendances très claires.

D’une part, il est devenu vain d’espérer quoi que ce soit du gouvernement dirigé par Stephen Harper en matière de changements climatiques, que le Président Obama a qualifié du « plus grand défi du XXIè siècle ». Alors, tout comme la Colombie-Britannique et le Québec, l’Ontario a conclu qu’il fallait aussi bien passer à l’action et ne pas rester les bras croisés devant l’inaction des conservateurs. La dernière illustration de cet état de fait? Le gouvernement Harper n’a même pas daigné soumettre ses cibles de réduction d’émissions à la date butoir du 31 mars dernier que devait respecter tous les participants du Sommet international de Paris qui aura lieu en novembre prochain.

D’autre part, le geste que vient de poser le gouvernement Wynne va dans le même sens que le récent rapport de la Commission nationale sur l’écofiscalité  qui conclut qu’il est impératif que les provinces puissent adopter différentes mesures de tarification du carbone en fonction de leurs réalités respectives sans avoir à attendre pour autant qu’Ottawa décide enfin de bouger.

C’est donc dire que les trois provinces les plus populeuses du pays, l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique ont maintenant adopté une forme de tarification du carbone. Avec sa taxe du carbone de 15$ la tonne, le gouvernement de Alberta a encore du chemin à faire pour démontrer qu’il est résolument engagé à réglementer ses émissions (la plupart des experts s’entendent à l’effet que avoir une effet réel, il faudrait établir un plancher de tarification à 40$/50$ la tonne).

Pour que cela puisse se produire, il faut un gouvernement à Ottawa qui soit prêt à établir des cibles nationales de réduction d’émission et qui accompagne les provinces dans leurs efforts respectifs. Ce qui est primordial, c’est que la mise en oeuvre – et le plan national – tiennent compte des réalités régionales. C’est essentiellement le plan qu’a proposé Justin Trudeau lors d’un discours récent à Calgary.

Sans le leadership du gouvernement fédéral, les provinces récalcitrantes auront beau jeu de refuser de s’engager de manière significative. Qui plus est, il ne faut pas défaire ce que les provinces ont déjà mis en place, mais les encourager à en faire encore plus en matière de réglementation. Ainsi, établir un marché de carbone national à ce moment-ci serait du mauvais fédéralisme parce qu’il ne prendrait pas en compte les mesures déjà en vigueur dans les provinces. Il faudrait donc tout recommencer à zéro.

Le Sommet de Paris arrive à grands pas. Aux États-Unis, le Président Obama a posé des gestes concrets en réglementant les centrales au charbon (la pus grande source d’émission aux EU). La Chine, l’autre grand émetteur au niveau mondial, envoie des signaux prometteurs. La majorité des pays européens ont aussi emboité le pas. Lors de sa récente visite au Canada, le Président Hollande a exhorté le gouvernement Harper de cesser d’ignorer le problème.

Bref, pendant que certaines provinces et le reste de la planète s’activent et font preuve de leadership, le gouvernement Harper joue à l’autruche. Ce faisant, il nuit à la réputation internationale du Canada et refuse de se rendre à une évidence: l’avenir appartient à ceux qui pourront arrimer l’économie à l’environnement.